En marge de la société, les corps nous parlent

Pierre GUENNAZ

Casser les codes : vers une représentation authentique

Et si les corps qui échappent à la norme - empêchés, queer, fragiles, fluctuants. À travers conférences, projections, performances et rencontres, plusieurs artistes, autrices et militantes donnent à entendre des récits intimes et collectifs, qui déplacent les représentations et élargissent les cadres esthétiques.

Cette journée s’inscrit dans le projet Accessibilité et inclusivité 2025, soutenu par la Matmut, la Ville de Marseille, l’Unadev et le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône.

Conférence de Mathilde François - Ce que les corps déviants enseignent

Le validisme forge nos environnements autant que nos imaginaires. Dans cette conférence, Mathilde François explore comment une société est structurée pour exclure les corps qui ne suivent pas la cadence.


Mais ces corps empêchés - fluctuantes, queer, handicapées - inventent d’autres manières d’habiter le monde. Ils créent des formes expérimentales, des récits intimes devenus politiques.


Artiste et autrice du blog La Vie à croquer, vice-présidente de Les Dévalideuses, Mathilde François travaille sur les questions crip, écologiques et sociales à travers fanzines, courts-métrages et conférences-performances.

Projection - Barbie dans un bunker par No Anger

Film tourné caméra au sol, Barbie dans un bunker évoque les normes de féminité et les violences médicales infligées aux corps, notamment à travers l’orthopédie.

Mais au-delà du constat, No Anger affirme aussi une chose essentielle : le droit de ne pas être parfaite, de ne pas correspondre, de faillir.


Depuis 2015, avec son blog À mon geste défendant, elle documente une pensée queer, féministe et incarnée.


Présente au MAC VAL, au Centre Pompidou ou au Palais de Tokyo, elle poursuit ici une œuvre radicalement personnelle, traversée de douleur, de lucidité et de refus.

Performance - Armes molles par Léa Rivière

Certaines naissent avec des récits ; d’autres doivent les déterrer. Dans Armes molles, Léa Rivière part de cette absence de narration pour composer des formes de survie fragiles et puissantes.


Elle évoque les vies hors des cadres hégémoniques, les existences qu’il faut excaver, ressusciter, fomenter pour continuer à tenir debout.


Son livre L’Odeur des pierres mouillées (Éditions du Commun, 2023) pose déjà cette écriture du presque rien, du tenace. Ici, elle la donne à voir sur scène, par le corps.

Performance - Filer droit par Lucie Camous

“Filer droit”, c’est une injonction sociale, éducative, genrée. Dans sa performance, Lucie Camous interroge la verticalité d’une société qui impose ses manières de faire, de parler, de se tenir.


Elle y retrace le passage de l’enfance à l’adolescence, du corps “valide” à l’identité de personne handicapée, du silence convenu à la parole comme acte de désobéissance.


Artiste, chercheuse et commissaire d’exposition, elle travaille à construire des espaces de discussion entre luttes militantes et démarches esthétiques.

Rencontre
animée par Élisabeth Lebovici

Critique d’art, historienne et militante queer, Élisabeth Lebovici clôture cette journée par une rencontre avec les artistes.


Ancienne journaliste à Libération et rédactrice en chef de Beaux-Arts Magazine, elle a co-dirigé un séminaire à l’EHESS pendant près de 20 ans, explorant les croisements entre art contemporain, féminisme et activisme.


Son regard relie les œuvres à des enjeux théoriques plus larges : comment l’art transforme-t-il nos représentations, et que fait-il quand il part des marges ?

Une journée d’écoute, de tensions, de création

Ces voix ne cherchent pas à illustrer un “sujet”, mais à faire trembler les contours du visible et de l’audible. Elles déplacent la focale : ce ne sont pas les corps qui posent problème, c’est la norme qui les exclut.


Le 29 juin 2025, au Festival de Marseille, les corps empêchés ne se contentaient pas de parler - ils transformaient

Actualités sur la situation du handicap

par Pierre GUENNAZ 20 mai 2026
Comment le combat d’une génération face aux préjugés du cinéma À l’origine, il y avait une intention juste. Dans les coulisses du cinéma français, derrière les tapis rouges, les discours progressistes et les cérémonies célébrant la diversité, une autre réalité persiste : celle d’une industrie qui continue trop souvent d’écarter les personnes handicapées de ses écrans… et surtout de ses plateaux. Avec Inclusion, la bataille des écrans, le réalisateur Julien Richard-Thomson signe un ouvrage coup de poing. Ni manifeste victimaire, ni simple essai sociologique, ce livre plonge le lecteur au cœur d’un système encore verrouillé par les préjugés, les habitudes et une forme de peur silencieuse de la différence. Ce qui frappe dès les premières pages, c’est la sincérité du regard. Ici, pas de discours aseptisé. On parle d’acteurs recalés dès l’apparition d’une béquille. De techniciens invisibles parce que les tournages ne sont pas pensés pour eux. D’étudiants qui renoncent avant même d’entrer dans une école de cinéma, persuadés que ce milieu n’est “pas fait pour eux”. Et pourtant, au milieu de cette machine encore profondément validiste, des voix se lèvent. Le livre donne la parole à des personnalités qui refusent d’attendre qu’on leur fasse une place. Adda Abdelli raconte comment il a créé Vestiaires parce que le cinéma ne savait pas quoi faire de lui. Fanny Riedberger dévoile les batailles nécessaires pour imposer Lycée Toulouse-Lautrec face aux doutes des diffuseurs. Quant aux réalisateurs Éric Toledano et Olivier Nakache, ils rappellent combien l’humour peut devenir une arme redoutable pour fissurer les malaises et les clichés. Mais la grande force du livre est ailleurs : il refuse les réponses faciles. Le débat explosif du “cripping-up”, ces rôles handicapés joués par des acteurs valides, y est abordé sans caricature. Oui, cette pratique prive souvent les comédiens handicapés de rôles déjà rares.  Mais Julien Richard-Thomson refuse le tribunal permanent. À la place, il pose une question bien plus dérangeante : pourquoi toute l’industrie reste-t-elle incapable d’ouvrir réellement ses portes ? Page après page, Inclusion, la bataille des écrans démonte les mécanismes invisibles d’exclusion : écoles inaccessibles, réseaux fermés, précarité du statut d’intermittent, fatigue ignorée sur les tournages. On comprend alors que le problème dépasse largement la question du casting. C’est toute la fabrication des images qui doit être repensée. Et malgré la colère, le livre n’est jamais désespéré. Il parle aussi d’avenir. Des nouvelles technologies qui pourraient transformer les métiers du cinéma. Des revendications concrètes du Syndicat des professionnels du cinéma en situation de handicap. D’une nouvelle génération d’artistes qui ne demande plus la permission d’exister. Ce qui rend cet ouvrage précieux, c’est qu’il ne cherche pas à provoquer la pitié. Il cherche à provoquer une prise de conscience. Car derrière cettebataille des écrans se cache une question bien plus vaste : qui a le droit de raconter le monde ? Et après avoir refermé ce livre, difficile de regarder le cinéma français tout à fait de la même manière.
par Pierre GUENNAZ 4 février 2026
Comment une bonne idée a été reformatée pour l’institution À l’origine, il y avait une intention juste. Une réforme pensée pour garantir l’accès aux fauteuils roulants, lever un obstacle financier majeur et renforcer l’autonomie. Cette loi a été portée par une personne qui connaît le fauteuil roulant de l’intérieur. Sur le principe, c’était une avancée. Le problème n’est pas la loi. Le problème, c’est ce qu’en a fait la machine administrative.
par Pierre GUENNAZ 19 janvier 2026
On a voté le budget 2026. Champagne pour les ministères, soda light pour l’autonomie. Officiellement, c’est “un effort collectif”. Officieusement, c’est surtout l’austérité aux manettes et le social en strapontin.
par Pierre GUENNAZ & Jérôme SOMMIER 2 janvier 2026
par Pierre GUENNAZ 29 décembre 2025
Derrière les discours sur l’inclusion, le logement accessible reste une illusion pour beaucoup de personnes handicapées. Critères financiers, loi ELAN, logements évolutifs : tout concourt à une exclusion légale et invisible. Cet article démonte les mécanismes du handiwashing et interroge les responsabilités politiques.
par Pierre GUENNAZ 28 novembre 2025
Dès le 1er décembre 2025, la France met fin au reste à charge pour tous les fauteuils roulants. Une réforme historique qui garantit 0 € à avancer, un parcours simplifié et un choix enfin guidé par les besoins, non par le budget. Même les modèles haut de gamme seront intégralement remboursés.
par Pierre GUENNAZ 28 octobre 2025
Alors que le budget 2025 de la Sécurité sociale entre en débat, le handicap reste la variable d’ajustement. Parti par parti, découvrez les choix budgétaires : gel ou baisse de l’AAH, hausse des franchises médicales, coupes médico-sociales… Face à la rigueur, seuls quelques partis défendent une refondation solidaire.
par Pierre GUENNAZ 22 octobre 2025
Alors que le gouvernement relance le débat sur la fin de vie, la France abandonne ses services publics et ses plus fragiles. Faut-il vraiment parler d’“aide à mourir” quand tant peinent simplement à vivre ? Cet article interroge un glissement moral et historique inquiétant : la résignation d’une société qui ne protège
par Pierre GUENNAZ 13 octobre 2025
Le handicap n’a pas besoin de soins, il a besoin d’action. Portrait croisé de Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, et de Charlotte Parmentier-Lecocq, sa ministre déléguée chargée du Handicap. Un duo entre clinique politique et réalité sociale.
par Pierre GUENNAZ 10 octobre 2025
Malgré 54 milliards d’euros investis chaque année, la France reste l’un des pays les moins accessibles d’Europe. Bureaucratie tentaculaire, fonds mal dirigés, délais interminables : le handicap coûte cher, mais n’inclut pas mieux. Découvrez pourquoi notre modèle s’essouffle — et comment d’autres pays font mieux.
par Pierre GUENNAZ 27 septembre 2025
En 2025, la Région Île-de-France supprime 250 000 € d’aide par MDPH, un budget qui finançait fauteuils roulants, aménagements et véhicules adaptés. Officiellement, tout est « pris en charge »… sauf ce qui répond vraiment aux besoins des familles. Résultat : reste à charge qui explose et parcours bloqués.
par Pierre GUENNAZ 17 septembre 2025
Le quartier de Trachel a vibré cet été, porté par une série de projets artistiques qui ont réuni habitants, passants et artistes autour de moments de partage et de création collective. Danse, musique et poésie se sont invités dans la vie du quartier, offrant un souffle de dynamisme et de convivialité accessible à toutes et tous.
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