Pour Bayrou, être malade devient une faute à taxer

Pierre GUENNAZ

Coupables d’exister. Coupables d’être malades. Coupables d’avoir besoin de soins. 


Voilà ce que semblent dire, entre les lignes, les récentes propositions de François Bayrou visant à revoir les franchises médicales… et notamment celles qui touchent les personnes atteintes d’Affections de Longue Durée (ALD).

Les malades chroniques dans le viseur

Bayrou et le gouvernement envisagent d’augmenter la franchise médicale, ces montants qu’on ne vous rembourse pas quand vous achetez des médicaments ou recevez certains soins. Cette fois, la mesure vise les bénéficiaires de l’ALD, c’est-à-dire ceux qui sont déjà reconnus comme atteints d’une pathologie grave ou chronique : sclérose en plaques, cancer, diabète, insuffisance cardiaque, etc. Ces personnes, souvent fragiles, précaires, en arrêt maladie ou en invalidité, se voient déjà confrontées à :

- des dépenses constantes de santé (kiné, traitements, transport)

- des revenus fortement diminués

- des restes à charge qui explosent quand le 100% théorique devient un 60% réel.

Et maintenant, on leur dit : “Vous paierez encore plus.” 

Une seule cible : les plus malades, les plus précaires

Soyons clairs : cette mesure ne touche que les malades qui ont un suivi régulier, donc les plus touchés. Pas ceux qui vont chez le médecin une fois l’an.


Non : ceux qui ont besoin de soins fréquents et vitaux.

Le système ALD, censé protéger les malades les plus graves, devient ainsi une porte d’entrée pour les taxer plus.


- Tu es en fauteuil roulant à cause d’une SEP ? Tu paies.

- Tu es en chimiothérapie pour ton cancer ? Tu paies.

- Tu es reconnu invalide à 80 % ? Tu paies.


Le message est clair : la solidarité nationale a ses limites. Surtout quand il s’agit des corps faibles.

La franchise : le piège bureaucratique 

La franchise médicale, instaurée en 2008, avait déjà fait débat. Mais son élargissement ici frôle l’indécence. Car elle repose sur une logique insidieuse : plus tu es malade, plus tu consultes, plus tu paies. Un vrai impôt sur la maladie.

Une punition pour celles et ceux qui n’ont déjà pas choisi leur sort. Et derrière la technicité des annonces, le ciblage est limpide : ce ne sont pas les actionnaires du CAC 40 qu’on ponctionne ici. Ce sont les précaires sous morphine. 

Handicaps invisibles, injustices très visibles 

Les personnes handicapées, souvent bénéficiaires d’une ALD, sont directement visées. Déjà exclues de nombreuses aides faute de "bonne case”, elles devront maintenant choisir entre un repas et un traitement.

Parce que la France des franchises, c’est aussi celle qui vous dit : "On ne peut pas tout payer, même pas la dignité.”

En résumé :

- Mesure prévue : augmentation des franchises médicales pour les personnes en ALD.• Personnes concernées : les plus malades, les plus précaires, souvent en situation de handicap.

- Effets attendus :  baisse de l’accès aux soins, précarisation accrue, rupture de traitement.

- Message politique : les malades coûtent trop cher, faisons-les payer.


Parce que la maladie n’est pas un choix. Parce que la punir est une honte.

Disons-le clairement : cette réforme, si elle passe, sera un pas de plus vers une société où seuls les bien-portants ont droit à la citoyenneté pleine et entière.

Actualités sur la situation du handicap

par Pierre GUENNAZ 20 mai 2026
Comment le combat d’une génération face aux préjugés du cinéma À l’origine, il y avait une intention juste. Dans les coulisses du cinéma français, derrière les tapis rouges, les discours progressistes et les cérémonies célébrant la diversité, une autre réalité persiste : celle d’une industrie qui continue trop souvent d’écarter les personnes handicapées de ses écrans… et surtout de ses plateaux. Avec Inclusion, la bataille des écrans, le réalisateur Julien Richard-Thomson signe un ouvrage coup de poing. Ni manifeste victimaire, ni simple essai sociologique, ce livre plonge le lecteur au cœur d’un système encore verrouillé par les préjugés, les habitudes et une forme de peur silencieuse de la différence. Ce qui frappe dès les premières pages, c’est la sincérité du regard. Ici, pas de discours aseptisé. On parle d’acteurs recalés dès l’apparition d’une béquille. De techniciens invisibles parce que les tournages ne sont pas pensés pour eux. D’étudiants qui renoncent avant même d’entrer dans une école de cinéma, persuadés que ce milieu n’est “pas fait pour eux”. Et pourtant, au milieu de cette machine encore profondément validiste, des voix se lèvent. Le livre donne la parole à des personnalités qui refusent d’attendre qu’on leur fasse une place. Adda Abdelli raconte comment il a créé Vestiaires parce que le cinéma ne savait pas quoi faire de lui. Fanny Riedberger dévoile les batailles nécessaires pour imposer Lycée Toulouse-Lautrec face aux doutes des diffuseurs. Quant aux réalisateurs Éric Toledano et Olivier Nakache, ils rappellent combien l’humour peut devenir une arme redoutable pour fissurer les malaises et les clichés. Mais la grande force du livre est ailleurs : il refuse les réponses faciles. Le débat explosif du “cripping-up”, ces rôles handicapés joués par des acteurs valides, y est abordé sans caricature. Oui, cette pratique prive souvent les comédiens handicapés de rôles déjà rares.  Mais Julien Richard-Thomson refuse le tribunal permanent. À la place, il pose une question bien plus dérangeante : pourquoi toute l’industrie reste-t-elle incapable d’ouvrir réellement ses portes ? Page après page, Inclusion, la bataille des écrans démonte les mécanismes invisibles d’exclusion : écoles inaccessibles, réseaux fermés, précarité du statut d’intermittent, fatigue ignorée sur les tournages. On comprend alors que le problème dépasse largement la question du casting. C’est toute la fabrication des images qui doit être repensée. Et malgré la colère, le livre n’est jamais désespéré. Il parle aussi d’avenir. Des nouvelles technologies qui pourraient transformer les métiers du cinéma. Des revendications concrètes du Syndicat des professionnels du cinéma en situation de handicap. D’une nouvelle génération d’artistes qui ne demande plus la permission d’exister. Ce qui rend cet ouvrage précieux, c’est qu’il ne cherche pas à provoquer la pitié. Il cherche à provoquer une prise de conscience. Car derrière cettebataille des écrans se cache une question bien plus vaste : qui a le droit de raconter le monde ? Et après avoir refermé ce livre, difficile de regarder le cinéma français tout à fait de la même manière.
par Pierre GUENNAZ 4 février 2026
Comment une bonne idée a été reformatée pour l’institution À l’origine, il y avait une intention juste. Une réforme pensée pour garantir l’accès aux fauteuils roulants, lever un obstacle financier majeur et renforcer l’autonomie. Cette loi a été portée par une personne qui connaît le fauteuil roulant de l’intérieur. Sur le principe, c’était une avancée. Le problème n’est pas la loi. Le problème, c’est ce qu’en a fait la machine administrative.
par Pierre GUENNAZ 19 janvier 2026
On a voté le budget 2026. Champagne pour les ministères, soda light pour l’autonomie. Officiellement, c’est “un effort collectif”. Officieusement, c’est surtout l’austérité aux manettes et le social en strapontin.
par Pierre GUENNAZ & Jérôme SOMMIER 2 janvier 2026
par Pierre GUENNAZ 29 décembre 2025
Derrière les discours sur l’inclusion, le logement accessible reste une illusion pour beaucoup de personnes handicapées. Critères financiers, loi ELAN, logements évolutifs : tout concourt à une exclusion légale et invisible. Cet article démonte les mécanismes du handiwashing et interroge les responsabilités politiques.
par Pierre GUENNAZ 28 novembre 2025
Dès le 1er décembre 2025, la France met fin au reste à charge pour tous les fauteuils roulants. Une réforme historique qui garantit 0 € à avancer, un parcours simplifié et un choix enfin guidé par les besoins, non par le budget. Même les modèles haut de gamme seront intégralement remboursés.
par Pierre GUENNAZ 28 octobre 2025
Alors que le budget 2025 de la Sécurité sociale entre en débat, le handicap reste la variable d’ajustement. Parti par parti, découvrez les choix budgétaires : gel ou baisse de l’AAH, hausse des franchises médicales, coupes médico-sociales… Face à la rigueur, seuls quelques partis défendent une refondation solidaire.
par Pierre GUENNAZ 22 octobre 2025
Alors que le gouvernement relance le débat sur la fin de vie, la France abandonne ses services publics et ses plus fragiles. Faut-il vraiment parler d’“aide à mourir” quand tant peinent simplement à vivre ? Cet article interroge un glissement moral et historique inquiétant : la résignation d’une société qui ne protège
par Pierre GUENNAZ 13 octobre 2025
Le handicap n’a pas besoin de soins, il a besoin d’action. Portrait croisé de Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, et de Charlotte Parmentier-Lecocq, sa ministre déléguée chargée du Handicap. Un duo entre clinique politique et réalité sociale.
par Pierre GUENNAZ 10 octobre 2025
Malgré 54 milliards d’euros investis chaque année, la France reste l’un des pays les moins accessibles d’Europe. Bureaucratie tentaculaire, fonds mal dirigés, délais interminables : le handicap coûte cher, mais n’inclut pas mieux. Découvrez pourquoi notre modèle s’essouffle — et comment d’autres pays font mieux.
par Pierre GUENNAZ 27 septembre 2025
En 2025, la Région Île-de-France supprime 250 000 € d’aide par MDPH, un budget qui finançait fauteuils roulants, aménagements et véhicules adaptés. Officiellement, tout est « pris en charge »… sauf ce qui répond vraiment aux besoins des familles. Résultat : reste à charge qui explose et parcours bloqués.
par Pierre GUENNAZ 17 septembre 2025
Le quartier de Trachel a vibré cet été, porté par une série de projets artistiques qui ont réuni habitants, passants et artistes autour de moments de partage et de création collective. Danse, musique et poésie se sont invités dans la vie du quartier, offrant un souffle de dynamisme et de convivialité accessible à toutes et tous.
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